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Introduction

La motivation qui a présidé à la mise en œuvre et la rédaction de cet ouvrage est d’abord née de notre souci au sein de l’association DIADEMIA de valoriser les pratiques des diététiciens holistiques fondées sur les relations humaines et centrées sur les patients (leurs habitudes alimentaires, leurs ressentis et leurs dires).

C’est au cours des échanges sur nos pratiques que nous avons pris conscience de la nécessité de :

  • préciser la sémantique des mots et termes* en jeu dans les discours sur la diététique et la nutrition. 
  • déterminer un lexique des termes propres aux diététiciennes afin de clarifier des notions vagues ou non explicites dans les échanges avec les patients comme avec d’autres collègues. 
  • interagir avec les différentes communautés scientifiques concernées par la santé et le bien-être et acquérir et transmettre des connaissances acquises tant dans le cadre des institutions scientifiques qu’à travers notre expérience clinique. 
  • contribuer à l’effort collectif d’élaboration et de mise en place de politiques publiques qui répondent aux besoins des populations.

Un constat et une visée 

Nous avons en particulier pris conscience que le sens des mots que nous échangions avec les patients lors des entretiens n’était pas nécessairement partagé et que des variations de sens pouvaient susciter des ambiguïtés, des divergences d’interprétation, sources d’incompréhension, chez le diététicien comme chez le patient
De là des questions ont émergé :

  • quel est le sens donné aux mots par chacun/chacune, en particulier pour les mots de sens communs, mots ordinaires que nous croyons d’évidence partagés, mais dont le sens peut varier d‘un individu à un autre, dans un contexte d’usage à un autre ? 
  • quid des mots ou termes* qui relèvent des « jargons » de différents domaines scientifiques ou professionnels, dont le sens est explicitement défini et que nous utilisons pour transmettre des connaissances ? sont-ils compris comme nous le souhaitons par les patients comme d’ailleurs par nous- même? 

La formation de base des diététiciens relève essentiellement des sciences biologiques et de la santé, principalement en raison du statut paramédical de la profession, or notre expérience des échanges avec les patients nous a conduit à la nécessité de développer une conception plus globale, holistique* du patient, de sa subjectivité et de son ressenti.
En même temps, nous avons identifié les limites d’une conception de la diététique principalement ancrée dans la physiologie de la nutrition humaine, version réductrice de l’alimentation.
Il nous fallait dès lors pouvoir accéder aux connaissances en sciences humaines que nous considérions comme pertinentes et les associer aux savoirs de notre formation de base afin de tenir compte des motivations, ressentis et comportements des mangeurs, tant dans leur spécificité individuelle (relevant de la psychologie) que dans leur inscription sociale, investie de valeurs culturelles partagées (relevant de la sociologie ou de l’anthropologie). 
Les échanges verbaux avec nos patients lors des consultations nous ont fait prendre conscience de l’importance du sens des mots dans ces différents domaines.
C’est la rencontre avec Danièle Dubois dans le cadre de réunions sur l’éducation au goût, qui a fait naître l’idée et nous a donné les moyens d’explorer plus précisément ce qui se jouait dans ces échanges. Danièle Dubois nous a aidés à repérer et analyser les discours qui nous semblaient répondre à notre questionnement et à nos attentes. Notre intérêt s’est alors porté sur la nécessité d’une meilleure maîtrise du langage éclairé qui permette une compréhension précise des textes et discours de ces différents domaines sans oublier les paroles des patients. 
D’où le projet d’un « Petit traité lexical des mots du diététicien holistique » qui explicite notre conception humaniste de la diététique, dans le contexte de la santé et du soin (Fleury, 2010), enrichie des réflexions actuelles sur les comportements alimentaires, l’éducation au goût et l’alimentation durable. 

Un dictionnaire 

De cette réflexion est née l’idée première d’un dictionnaire terminologique de diététique holistique, pour expliciter et affirmer, à travers des définitions* de quelques mots que nous utilisons régulièrement, la reconnaissance de notre expertise du soin en nutrition humaine. 
Il s’agissait donc d’abord d’identifier ces mots clés qui marquent l’originalité, la spécificité de la réflexion de notre groupe puis d’en décrire le sens à la manière des lexicographes à partir de notre expertise clinique. 
Cependant, notre souci d’échanger tant avec les autres professionnels qu’avec les patients en tenant compte des variations sémantiques des mots nous a conduit à concevoir ce dictionnaire comme un dictionnaire multilingue : cela permet de passer d’un domaine de connaissance à un autre, sans pour autant élaborer un inventaire des significations « orthodoxes » de la diététique holistique. 
Nous nous sommes alors orientées vers la construction d’un ouvrage dans lequel le sens des mots est repéré et mis en relation à partir de leurs occurrences* dans un ensemble de textes, documents, entretiens, sur les bases semblables à celle d’un dictionnaire comme le Trésor de la Langue Française (le TLFi).  
Il est cependant apparu qu’à travers l’élaboration collective du sens de ces mots s’ouvrait un espace de réflexion qui ne pouvait se réduire à un simple inventaire technique de termes*. Ce travail de définition nous conduisait en effet à aborder des domaines de connaissances contemporains des sciences de l’alimentation telles que les sciences cognitives*, les « sensory sciences »*.
L’ouverture à cet espace multilingue et pluridisciplinaire a ainsi déplacé la visée de départ de la nutrition mais aussi de l’alimentation à l’acte de MANGER, dès lors conçu, comme l’exprime Poulain (2012) comme «un acte social, plus encore un événement social, central de la vie familiale, comme de la vie publique », qui relève donc d’une culture.
D’un point de vue méthodologique, nous rejoignons la démarche suivie par O. Lepiller, et al., 2021, de centrer le propos sur « la figure du « mangeur» (qui) permet de resituer les individus que nous étudions par rapport à l’ensemble des autres acteurs du système alimentaire: les acteurs du champ à l’assiette, pour faire vite. Mais aussi ceux qui tiennent des discours sur l’alimentation dans l’espace public : les médias, les politiques, les experts, les médecins, etc. » (P. 8). …et sans oublier, en raison même de notre implication de praticiens,  le mangeur lui-même,vu par lui-même !
Il s’agissait donc de trouver un format qui intègre les connaissances empruntées à ces différents domaines dans la pratique clinique dont la finalité est de gérer au mieux les relations avec les patients/mangeurs.
Nous avons tenté d’explorer le sens des mots selon leur acception commune, leur sens dans les discours de spécialités et les discours patients.

Des définitions et des fiches

L’idée première du dictionnaire a ainsi évolué d’une liste alphabétique de mots, d’entrées lexicales* associées à des définitions*, à des fiches dans lesquelles chacune des entrées inclut, outre la forme canonique d’un dictionnaire, des citations où les mots apparaissent dans des textes relevant de différents domaines de connaissances ou d’expertise. 
Mais cet élargissement des définitions demeurait encore académique et frustrant pour rendre compte des différents registres où nous voyions se déployer la sémantique de ces mots dans notre expertise de terrain. Nous avons donc rompu les codes du projet initial d’un « simple » dictionnaire en intégrant dans chaque fiche des récits illustrant le fonctionnement sémantique de chacun de ces mots repérés dans la pratique « réelle » de la consultation, et plus généralement des échanges avec les patients. Chaque « entrée » est ainsi devenue le prétexte à des récits d’expériences, de celle des patients comme de notre expérience clinique, qui sont le terreau même de cette sémantique que l’on peut également qualifier de « holistique ». 
Il en résulte que, si l’analyse des corpora qui constitue le corps de chaque fiche est une élaboration collective, chaque fiche a été rédigée par l’une d’entre nous et se trouve ainsi marquée de son expérience et d’un style personnel.

Des fiches aux chapitres pour une conception de la diététique holistique

En outre, il nous est apparu que les fiches analytiques prises isolément ne permettaient pas toujours de saisir pleinement toutes les configurations “qui dans des champs et des moments particuliers unissent les termes isolés, les concepts et les locutions et participent de leur efficacité » Christin et Deschamp Tome 2 Dictionnaire des concepts nomades.
Ces fiches prenaient davantage sens mises en un réseau structuré qui rend compte de la complexité des pratiques alimentaires et des concepts relevant de notre pratique clinique. 
Cela nous a conduit à faire le choix d’un regroupement cette fois des entrées dans une structure thématique où le sens de chaque mot se définit précisément à travers ses relations avec les autres mots de la thématique. 
Cette façon de faire illustre du même coup la spécificité de notre conception de l’alimentation, de l’acte de manger et de notre relation aux mangeurs.  
Nous pensons pouvoir ainsi contribuer à valoriser la profession de diététicien et promouvoir sa reconnaissance tant auprès des autorités administratives et des institutions, des autres professionnels de santé que des patients.
Le projet d’un dictionnaire ordinaire a ainsi évolué pour devenir une illustration de nos pratiques dont pourraient s’emparer les communautés de diététiciennes dans l’exercice de la profession. 

Conclusion

Cette aventure initiée en 2017 s’est déroulée sur plusieurs années sur des chemins balisés à la fois par notre expertise de cliniciennes et par les méthodes d’analyses linguistiques reconnues portant sur l’analyse des discours tant académiques que issus des patients.  
L’identification des décalages comme les partages des significations permettent de dégager des espaces de dialogues entre diététiciens et patients et d’améliorer l’intercompréhension mutuelle. 
Nous souhaitons que cet ouvrage puisse constituer un outil pour enrichir les échanges et assurer une communication plus efficace tant entre professionnels qu’entre diététiciens et patients.
Nous avons également l’espoir au travers de ce travail de diffuser une conception plus Humaniste de l’alimentation et de participer à une évolution Harmonieuse de notre métier de diététicien Holistique pour aller vers une Diététique 3H.